Littérature | Sociologie
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Chercher sa case… merci Sigmund Freud

Freud

Petite pensée qui fait toujours plaisir à lire, trouvée dans un livre sans grand intérêt sur la jeunesse de Freud (Quentin Debray, L’impatiente de Freud, Albin Michel, 2006). Le passage ironise sur le fait que les catégories pathologiques « inventées » par Freud servent insidieusement aux gens pour se mettre en scène, pour enfiler un bel habit qui les fait se sentir moins cons.

[Freud] Vous me dites finalement que l’oisiveté est la mère de tous les vices.
– Ce n’est ni l’oisiveté ni le vice, mais plutôt un rôle à trouver. Mieux vaut être l’amoureux d’une nièce ou d’une belle-sœur, voire d’une belle-fille ou d’une sœur que de se retrouver dans la situation ridicule de cet homme en trop dont nous parle Tourgueniev. A tous ceux-là vous offrirez une situation, une rationalité. En somme, quand vous avez fréquenté Charcot c’est bien de cela qu’il s’agissait : mettre de la maladie là même où la vie avait perdu un sens. Oh ! Elles vous disaient sans doute qu’elles avaient connu quelques malheurs… Mais elles voulaient qu’il se passe quelque chose dans une existence misérablement comblée, c’est-à-dire terne, saturée de monotonie. Je vous le répète, ces pauvres gens ne cherchent pas le bonheur, auquel plus personne ne croit, mais seulement un théâtre, un rôle, un public. Quel meilleur cadre que celui de la maladie ? Nous avons des médecins prestigieux, respectés, virils. Ils ont remplacé les beaux capitaines de jadis que les succès n’étouffent pas ces temps-ci.

NB/ Ce n’est pas une attaque anti-freudienne, il ne faut pas tout mélanger.

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Les gens
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Confusion des sentiments

Dans le bus :

Sarah/ Et toi, tu kiffes quel mec du bahut en ce moment ?
Jessica/ Moi… aucun en fait. Et toi ?
Sarah/ Non non, je te le dis seulement si tu me le dis…
Jessica/ Aucun, je t’assure ! Je ne vais pas en inventer un exprès !
Sarah/ Allez, dis-moi…
Jessica/ [...]
Sarah/ Bon, ok. Alors on va dire « Adrien Filard »
Jessica/ Quoi ?!? Oh non ça va pas il est trop moche !!!
Sarah/ Euh… en fait là je te parlais de ce lui que moi je kiffe…

Il n’y avait qu’une porte de sortie dans ce bus, mais le trottoir offrait deux directions au choix.

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Cinéma
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Et toi t’es sur qui ? (de Lola Doillon)

et toi

2007 fut un bon cru de premiers films français réalisé par de jeunes réalisatrices. Entre Naissance des pieuvres de Carine Sciama et Regarde-moi d’Audrey Estrugo, Lola Doillon a réussi à poser avec subtilité une interrogation centrale chez les jeunes lycéens qu’elle a choisi de montrer : qui va pouvoir servir de support physique au premier rapport sexuel, qu’il convient d’accomplir ni pour soi ni par amour, mais plutôt pour les autres, le groupe. Ce genre de projet est souvent assez foireux, il suffit de voir le nombre de téléfilms façon service public pour s’en rendre compte : faux hymne à la liberté, langage « jeune » pas crédible une seconde, message sanitaire plombant, ou tout cela à la fois. Les pièges sont nombreux. Mais Lola Doillon a eu la bonne idée de faire corriger les dialogues par de « vrais jeunes ». Sans imposer au public un sous-langage épuisant à déchiffrer pour les non-initiés, elle parvient à nous faire entrer dans un univers marqué par ses manières de parler. La réussite de ce premier film est très largement de captiver, dans un décor et des enjeux pourtant ordinaires. Pas de maladie, pas de délinquance, pas de conflits familiaux. Et d’ailleurs pas vraiment de famille, car comme d’autres avant elles, les parents sont absents. On les devine dans une autre pièce, on les envisage comme instance vaguement répressive, mais ils sont toujours hors-champ, illustrant de façon simple mais magistrale comment ces adolescents envisagent leur monde (sans les réduire à voir ainsi le monde).

Alors bien sûr, les ennemis du cinéma réaliste y verront un manque de relief, une sorte de complaisance dans la banalité. On retrouve l’interminable débat sur la différence entre l’exotisme bidon et l’exploration minutieuse du proche : où est le superficiel ? Pas dans ce long métrage en tout cas. Et toi t’es sur qui ? est l’un de ces films qui encourage en douceur à décentrer son regard, à accepter que le devenu futile fut (pour la plupart d’entre nous) l’essentiel d’une époque donnée. Quant à ceux pour qui les situations filmées font directement écho à leur actualité, eh bien j’imagine que lesdites situations amusent ceux à qui la chance sourie, et font se tortiller sur leur chaise ceux à qui le destin fait des coups tordus.

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Cinéma
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Saw 4, Saw 5, Saucisse

saw4

Faute de fichier .srt bien synchronisé (et cela malgré mes efforts pour resynchroniser avec deux logiciels différents, quand même !!), j’ai du prendre le seul fichier synchro correspondant au DVD ripé (j’avais bien sûr acheté légalement le DVD©, tout ce qui suit ne tient donc pas la route). C’était en portugais. Donc autant où en anglais je peux placer les textes français sur le fichier avec le bon timing, autant ou en portugais je suis vite paumé. Donc j’ai eu le plaisir d’utiliser Google Translate. Ca a donné une dimension tout à fait inattendue au film, avec des dialogues incompréhensibles et des erreurs de pronoms personnels qui m’ont complètement égaré. Du coup, le film était encore plus réduit à ce qu’il est de toute façon : un enchaînement de scènes de torture.

La franchise Saw, ça devient du porno gore. Quel gâchis de ne pas prendre un peu de temps pour le scénario. Le premier de la série était si incroyable. Le méchant était diaboliquement absent du premier volet, maintenant on ne voit que lui. Je suis ravi pour l’acteur et son porte-monnaie, mais cette option est très regrettable. On avait là un beau concept : des machineries implacables, tout en mécanique, ne laissant aucune place aux petits génies en électronique et ne nécessitant aucune intervention des méchants. Machineries au service d’une philosophie simple. La majeure : « il faut chérir la vie » ; la mineure : « il va vous falloir souffrir un peu pour mesurer à quel point vous tenez à la vie ». Or, tout ceci est un peu gâché par la biographie du méchant : oh la la, sa femme a perdu leur bébé à cause d’un toxicomane, ah d’accord… c’est pour ça qu’il est méchant, ce méchant. Je garde tout de même un très bon souvenir d’une bien jolie scène. Une des victimes de Jig Saw est assise sur un fauteuil dont les accoudoirs lui ouvrent les veines à chacun de ses mouvements. Il doit donc se dégager, mais pour cela, il faut actionner un mécanisme en avançant le visage dans une sorte de barrière de 10 couteaux qu’on devine bien aiguisés. Et bien sûr le type, plutôt que d’y aller un bon coup, avance par à-coups, recule, revient, etc. et se taillade à fond les manettes. Un peu comme pour faire trempette dans l’Atlantique : on se fait toujours du mal à y aller par morceaux, pendant 10 minutes.

Les gentilles mamans ne peuvent s’empêcher de demander quel intérêt on trouve dans ce genre de film. Une sorte de jouissance que je ne saurai définir. La question que je me pose, c’est plutôt la façon dont les types imaginent les engins de torture. Car c’est drôlement inventif. Partent-ils d’une partie du corps à esquinter pour imaginer ensuite la machine qui s’en chargera, ou bien l’inverse ? Et puis grosse question morale, les concepteurs sont-ils un peu comme les hackers reconvertis dans la sécurité informatique ?

Pour vous le procurer

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Les gens | Sociologie
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La bourgeoise & le furet

Dans le RER, le type en face de moi avait un petit furet dans sons sac. La bestiole semblait très bien s’entendre avec le petit animal poilu. Ca se mordille, ça se griffe, ça se met les doigts dans la bouche, tout ça devant une succession de voyageurs n’appréciant pas à sa juste valeur le charmant spectacle. Jusqu’à l’arrivée d’une grande fille parlant très fort dans son téléphone portable.

La fille assez insupportable :

Oh moi vraiment, je n’aime pas Paris. J’adorais Cambridge, j’ai apprécié San Francisco. Et bla bla bla…

Et au même moment, contre toute attente (selon une belle expression familière aux amateurs d’îles tentatrices), elle découvre que la grande bestiole en promène une petite.

Oh, maman, c’est rigolo, il y a une petite bête à côté de moi. C’est super mignon

Comprenant mon malaise et mon envie de baffe, la fille raccroche. Mais plutôt que de se taire, elle s’adresse au propriétaire du petit furet :

Elle : Et donc, c’est gentil ?
Lui : Oui, pas de problème. Sauf la première rencontre, là il m’a fait savoir qui il était.
Elle : Comment ça ?
Lui : Regardez, mon bras… Faut dire que c’est un animal fait pour la chasse. On peut les lâcher dans les terriers, et il peut ramener les bêtes…
Elle : Mais là il est vraiment gentil.
Lui : Oui, maintenant c’est mon compagnon de jeu. Et je pense que moi aussi, je suis son compagnon de jeu. Et puis la nuit, des fois j’ouvre la porte de sa cage. Alors il dort dans le lit, il se fait une petite place. Et puis le soir, après le travail, il me fait ma toilette.
Elle : [avec une tête qui change] Euh… ah bon… ?
Lui : Bah ouais, parce que après le boulot, moi j’ai bien transpiré. Et lui il aime bien ça. Parce que dans la transpiration, il y a du sel, il aime bien. Et puis des vitamines. Parce que comme ça ils peuvent être en forme.
Elle : [avec la tête de celle qui voudrait être ailleurs]
Lui : Parce qu’en fait, dans la transpiration il n’y a pas que de l’urine. Mais j’aime pas trop qu’il aille dans les aisselles, hein parce que bon quand même… En même temps, c’est vrai qu’il y a de la transpiration.

La fille s’en va, mais il semble que le jeune homme n’a d’yeux que pour sa petite bête.

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Inclassable
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The Dodoz

The Dodoz

Sur le site bien pratique Deezer, on trouve en écoute un petit groupe de rock bien sympa, qui a un peu digéré toutes les musiques que j’aimais dans les années 1990. « The Dodoz » font ce qu’il faut pour me tenir éveiller le soir si je dois travailler tard (à des parties de Spider un peu complexes). Ce n’est pas vraiment du prosélytisme puisque les paroles ne contiennent guère de message. Et puis surtout, mes trois et demis fidèles lecteurs ne suffiront pas à fausser le marché.


Découvrez The Dodoz


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Aventures
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La Défense m’attaque

Ces temps-ci, j’ai du me rendre au siège d’une grosse société pour des entretiens sur la « souffrance au travail ». Le décor met dans l’ambiance : dès la sortie du RER, les tours de La Défense vous saluent de toute leur hauteur. Je ne m’étendrai pas sur la qualité des entretiens. Parler à des cadres débordés, peinant à donner du sens à leur travail dément, c’est toujours intéressant. Les journées sont longues, et les pauses alimentaires sont très réconfortantes. La machine à café, c’est sympa, mais le Starbuck sur le Parvis de La Défense, c’est mieux. Avec un dessert pour accompagner le café liégeois, bien sûr…

Cela dit, je ne peux pas y aller à chaque instant, et donc il fallait que je me rabatte sur ladite machine. Située un autre étage que celui du bureau dédié aux entretiens, la machine m’oblige à prendre l’ascenseur à chaque fois, en passant un badge de sécurité. A la fin d’un entretien, je poursuis dans le couloir une discussion avec une salariée. Et là, en la voyant faire, surprise, je découvre qu’il est possible d’emprunter des escaliers de secours. La vie promettait d’être plus simple…

Elle descend, moi je monte. Et là, surprise encore, il fallait aussi passer le badge de sécurité. Mais moi je ne suis pas habitué. Le badge était dans ma veste, ma veste sur une chaise, et j’aurais eu l’air fin avec une chaise dans les bras. Pas de suspense inutile, le lecteur aura compris que j’étais coincé. Continuer la lecture

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Cinéma
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Jumper (de Doug Liman)

jumper

Je ne peux cacher le grand plaisir éprouvé pendant cette petite heure trente. Ca tient d’abord aux conditions de visionnage : en soirée, tranquille, après avoir du remettre à plus tard ce divertissement plusieurs fois de suite. Il faut dire que le contenu du film, et plus encore, le début, faisait écho à ma propre situation : le jeune héros menait une vie assez nulle, faite de gestes gauches avec les filles et d’humiliations par les caïds, sur fond de misère sociale et familiale. Quand soudain, au sommet de cette existence sans saveur, il « jumpe » pour la première fois. Je laisse planer le mystère sur ce en quoi cela consiste.

Avec le jump, commence alors une vie tout en jouissance, dans l’insouciance adolescente enrichie d’un pouvoir absolu. Donc un peu comme moi : au même moment était venue une phase de paix simple, avec jouissance adolescente sans limite puisque tout le monde dormait.

Et ça y va du jargon : « Je sais sur quels sites il jumpe », « tu ne peux pas jumper juste comme ça pour le plaisir », « nous sommes des jumpers », « j’ai suivi ta jump-mark ». Ouf, les méchants ne sont pas des anti-jump ni des jump-killers, mais des Paladins. Mais moi ça me fait quand même bizarre, parce que les Paladins, c’est le nom des bus entre le RER et chez moi…

Quant au film, bien à regarder, mais rien à en garder… Saluons quand même le talent des créateurs sonores, grâce à qui le son parfaitement identifiable du « jump » fluidifie les scènes, nous dispensant des images un peu répétitives (et j’imagine aussi, assez coûteuses). Le bon divertissement, donc, mais qui ne passera sûrement pas la décennie, tant l’histoire est bâclée et les personnages sans profondeur. Il y avait pourtant matière, avec un méchant en chef animé par de pieuses idées mises en œuvre avec barbarie, une mère de héros en proie au doute sur le sens de son engagement, et surtout un héros sans but, condamné à finir par s’ennuyer avec son pouvoir. Un Jumper 2 est prévu pour 2011…

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Politique
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L’oreille cassée d’Alain Finkielkraut

Finkielkraut

Comme ses compères intellectuels-médiatiques, Alain Finkielkraut ne voulait pas manquer la grande foire commémorative sur les 40 ans de « Mai 68 ». Le problème : comment garder sa singularité d’intellectuel quand on ne sait rien faire d’autre que déplorer la « perte des valeurs républicaines et démocratiques », à l’image de quelques autres philosophes télé-radiophoniques ? La solution : recouvrir la pensée standardisée sous une épaisse couche de témoignage subjectif et mener un sous-combat tellement spécifique qu’on en devient forcément l’unique spécialiste.
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Cinéma
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Gerry (de Gus van Sant)

gerry

Matt Damon, Gus van Sant et les deux frères Affleck (Ben & Casey) étaient potes avant d’être (très) connus. Ce film est une collaboration tournée en 2001. Ceux qui ont visionné Paranoïd Park savent déjà ce que c’est que de sentir ses yeux se fermer alors qu’on n’est même pas fatigué. C’est l’histoire de deux mecs qui marchent dans un désert montagneux aux Etats-Unis. Il s’appellent tous les deux Gerry comme ça c’est encore plus minimaliste. Ils sont plus fatigués et plus sales chaque jour. A la fin il se passe un truc mais je ne le dévoilerai pas, et un peu avant il y a un bel effet de cinéma formel. Ca aurait fait un bon court métrage de 10 minutes. J’ai vu ce film sur mon PC dans un TGV. gerry-dessinMon voisin semblait très interloqué par ce qu’il voyait quand il jetait un œil. Et moi je trouvais qu’il se passait plus de choses par la fenêtre. A un moment j’avais pensé que cette affaire n’avait mobilisé que Matt Damon et Casey Affleck d’un côté de la caméra (plus quelques figurants) et Gus van Sant de l’autre (plus peut-être un preneur de son). Et en fait non. La liste du générique de fin énumérait bien plus de gens. C’est finalement ce qui a le plus stimulé mon esprit.

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