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Badinter, caution morale du PS

France Inter, lundi 07 mars, 8h40. Robert Badinter livre, comme souvent, un discours impeccable et vibrant au sujet de la ségrégation morale subie par les Français de confession musulmane (à partir de 4 min 19 sur la video).

Le propos découle du récent sondage donnant Marine Le Pen en tête pour le premier tour des élections présidentielles (face à Martine Aubry et Nicolas Sarkozy). Les mots de Badinter claquent. En gros : choisir Mme Aubry, c’est déjà biaiser le sondage… Sous-entendu : retenir Dominique Strauss-Kahn comme candidat socialiste aurait peut-être produit d’autres résultats.

Peu importe, à la limite, car la sociologie politique nous enseigne que les sondages ne reflètent pas un « authentique » futur mais un futur tel que le présent amène à l’anticiper, impliquant donc les problématiques du moment, les candidatures officialisées ou non, et bien sûr le fait de se poser réellement la question posée par le sondeur (c’est bien pour ça que les sondages électoraux ont plus de chance de se rapprocher de la vérité au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de la date). Les instituts de sondage ont besoin de publicité. Il faut des coups d’éclat pour cela. Contrairement à l’impression que cela donne, les sondages politiques ou d’opinion – commandés par les partis politiques ou par la presse – ne constituent qu’une partie marginale du chiffre d’affaires des instituts. Par contre c’est une vitrine soignée pour leur véritable fond de commerce : les études marketing, consommation, etc.

Ce n’était que l’amuse-gueule. Arrive ensuite l’essentiel. Extraits choisis (en limitant les passages un peu trop « éducation civique » raplapla).

A la faveur du rappel constant « délinquance », « insécurité », « immigration » et, pourquoi ne pas le dire « musulmans », on arrive – je rappelle qu’il y a en France à peu près 6 millions de musulmans, dont la plupart sont des citoyens français – on arrive à isoler, à stigmatiser ou à ce qu’ils se ressentent comme tels, des millions de Français [...] A quoi tous ces colloques sur l’identité aboutissent, à quoi est-ce qu’on nous prépare (on camoufle ça avec « l’Islam & la Cité »), sinon à donner le sentiment à ces femmes et à ces hommes qu’ils sont mis à part ? Une espèce se ghettoïsation morale. C’est insupportable. Et il est temps d’en finir avec ça. [...] Eh bien oui, il y a une délinquance dont une partie [est la fait d'individus éventuellement musulmans]. Eh bien oui et alors ? En quoi est-ce que ceci concerne ces millions de citoyens français ? Je rappelle ce que nous sommes une République laïque, dans laquelle il ne doit y avoir AUCUNE distinction en fonction de la religion. Alors assez ! J’ai entendu à ma grande stupéfaction parler de « citoyens français, de compatriotes d’ORIGINE musulmane ». Ça m’a ramené, moi, 60 ans en arrière, quand il y avait des Français ou des non-Français d’origine juive. Qu’est-ce que c’est que ça dans la République française ? Assez. Il faut finir avec cette agitation

C’est clair et concis. On ne peut mieux le dire. Une fois lancé, Badinter n’allait pas s’arrêter là (à noter d’ailleurs, c’est le genre d’orateur qui paralyse les journalistes coupeurs de parole), et ajoute que ce sondage a une double valeur.

Un avertissement pour la droite
Cette démagogie ne peut que mener à la sur-enchère, et ne bénéficiera en définitive qu’à Mme Le Pen. En effet, si l’UMP se charge de diffuser l’idéologie raciste qui monte les victimes de l’économie libérale les unes contre les autres et qui éloigne de la gauche alternative, le FN peut encore plus facilement se façonner une belle image et tenir un discours social.

Un avertissement pour la gauche
Robert Badinter en appelle ici à l’unification électorale de la gauche. Le propos devient bien plus fragile. Quand les gens du PS en appellent à l’unité, c’est une façon de demander aux alternatifs (à LEUR gauche) de s’effacer à leur seul profit. Quel sens cela a-t-il, à part celui de l’entêtement hégémonique ? Car enfin, le PS a eu mille fois l’occasion, en gouvernant, de saper les mécanismes de l’emploi et de l’urbanisme qui donnent de la consistance aux discours politiques anti-arabes, anti-noirs, etc. Depuis 2002, Le Front National a redéfini la mécanique de l’élection présidentielle. Avec le scénario – crédible – du candidat FN au second tour, on est assuré de gagner le second. Tout se joue alors au premier tour et en effet, l’éclatement pose problème… au Parti Socialiste. Car pour les autres, alternatifs, ils sont de toute façon arrêtés au second tour, ils sont habitués.

Les modes d’expression de la « vraie » gauche sont déjà bien limités (les media entretiennent voire accentuent cette pondération, sous couvert d’une étrange neutralité qui consiste à donner beaucoup d’espace à ceux qui ont déjà beaucoup de visibilité, et avec un sous-entendu permanent selon lequel ce qui n’est pas centre-droit ou centre-gauche n’est pas vraiment « raisonnable », « légitime » (alors que notre quotidien le plus banal est le produit des « extrémismes » d’hier, les congés payés par exemple – mais bon, ils sont ainsi nos gros média, ils aiment rester entre gros plutôt que d’avoir un peu de profondeur historique et sociologique)). Or, non content de cette hégémonie, le PS voudrait faire payer le prix de son illégitimité électorale récurrente (liée à ses amours avec le capitalisme financier, avec son côté « on désapprouve mais c’est comme ça ») en demandant aimablement à ses concurrents de gauche de débarrasser le plancher.

A gauche du Parti Socialiste, le candidat comme l’électeur sont stigmatisés comme faisant le jeu de la droite. Autrement dit, si vous voulez sauver la gauche, si vraiment vous l’aimez, alors laissez-la devenir de droite !!!

Alors je fais au PS la proposition suivante. Un tirage au sort. Qu’ils se réunissent entre eux (Parti Socialiste, Verts-Europe Ecologie, Parti Communiste, Parti de Gauche, Nouveau Parti Anti-capitaliste…), qu’ils tirent à la courte paille, et ils verront bien comment réagira le corps électoral. Celui-ci, ne l’oublions pas, est en grande partie composé d’abstentionnistes, qui n’attendent peut-être que ça. Ce n’est pas une proposition provocatrice, simplement la conclusion logique de l’échec patent des solutions a priori plus « sérieuses ».

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