Les gens | Sociologie
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Océanosaures 3D : D comme demeurés

L’autre jour je suis allé voir Océanaures 3D à la Géode, accompagné d’un petit garçon de 4 ans, a priori le mien. Je passe sur les détails du petit garçon qui est tombé en avant en se penchant pour essayer d’attraper les bonbons qu’il voyait voler sous son nez (euh… c’est vraiment le mien ?).

Au moment de quitter la salle, quelques commentaires pointus se font entendre. Des enfants pâlots plissent les yeux derrière leurs grosses lunettes et une fois bien concentrés, assènent des vérités bien senties à leurs parents. Qu’il est bon de voir ces derniers s’ébahir, songeant que décidément cet abonnement à Sciences & Vie Junior était une excellente idée, puisque ces lectures allaient jeter leurs rejetons directement dans les bras du CNRS. Mais en attendant ce formidable moment de consécration intellectuelle, les forts-en-thème se font immanquablement bousculer par d’autres enfants, qui hurlent : « ouah, mon préféré c’était le gros, t’as vu, hein, t’as vu !?! ». Là on change de catégorie parentale, ça ne sent plus trop l’abonnement à Sciences & Vie, mais plutôt la haine rentrée, celle que les visages excédés des mères de famille ont du mal à cacher quand elles ont fini de hurler « c’est la dernière fois, Kevin, tu m’entends, on ne reviendra plus à Paris ». L’une de ces malheureuses mamans a d’ailleurs affiché un sourire radieux quand son Kevin s’est coincé un morceau de Chewing gum dans les bagues de son appareil dentaire, le condamnant enfin au silence.

Soudain, des paroles claquent, dominant un instant le brouhaha enfantin et vieillissant (« eh bé, c’qu’on sait faire d’nos jours »).

Mec- Oh la la, comment je m’suis endormi !
Type- Ouais non, c’était bien quand même.
- Mais non, bouffon ! Et de toute façon, je t’ai vu.
- Ah ouais d’accord tu m’as vu, mais bon tu vois, c’était le trip, c’est venu tout seul.
- Tu m’fais pitié, allez, c’est tout.
- J’lai pelotée passqu’elle me chauffait. T’es plus avec elle, c’est plus à toi de croquer.
- Hein, quoi ! Allez j’m'en fous j’te la laisse cette pute.
- Bah quoi alors ?
- T’as rigolé.
- ???
- Ouais, t’es pas un bonhomme si tu rigoles. Ça s’fait pas.
Et VLAAAAN ! il lui colle une bonne claque derrière la tête. L’autre ne bronche pas, se sachant fautif.

Mec est sincèrement énervé car son copain a rigolé à des « trucs de gamins ». Combien a-t-il fallu de jugements sociaux négatifs pour en arriver à un tel besoin de se cacher sous une carapace d’indifférence au cours des choses ? Quand la fierté passe par le refoulement des petites émotions spontanées, c’est que ça va mal. L’anecdote rappelle, dans un genre plus sérieux, ce qu’avait raconté le sociologue Thomas Sauvadet un jour de séminaire. Rester des heures dans les cages d’escalier, c’est une épreuve collective de virilité : il faut conserver le tonus musculaire pour tenir debout, parfois sans s’adosser, et il faut inhiber ou masquer tous les signes de « faiblesse » y compris avoir un rhume (d’où la tendance à cracher, un peu dégoûtante de nos jours puisqu’il n’y a plus de crachoirs de rue, plutôt que de se moucher). Ceux qui avaient trop la morve au nez et tremblaient de fièvre se prenaient aussi un bon claquer-décoller des familles sur l’arrière de la tête…

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